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6 novembre 2018novembre 6, 2018

Les premiers entrepreneurs − Le développement des ressources naturelles et les Premières Nations

Cahier de recherche montrant l’appui de plusieurs communautés autochtones à l’exploitation des ressources, et comment celle-ci peut être une voie vers leur émancipation économique

Les premiers entrepreneurs − Le développement des ressources naturelles et les Premières Nations

Les médias véhiculent souvent l’impression que les Premières Nations ne voudraient vivre que d’activités traditionnelles et ne seraient pas intéressées au développement de leur communauté. Cependant, tout comme certaines sont opposées à l’exploitation minière et forestière et à la construction d’infrastructures énergétiques, d’autres y sont favorables et veulent profiter de la richesse et des emplois qui en découlent. Ce cahier s’intéresse à des cas où des Premières Nations ont décidé de s’impliquer dans le développement des ressources présentes sur leur territoire, et aux bénéfices qu’elles en ont retiré.

Communiqué de presse : Des Premières Nations s’enrichissent grâce au pétrole, aux mines et aux forêts

Les graphiques de l'étude
 

En lien avec cette publication

Les premiers entrepreneurs (La Presse+, 9 novembre 2018)

First Nations were the 'first entrepreneurs' (Edmonton Journal, 13 novembre 2018)
Entrevue avec Germain Belzile (Des matins en or, Ici Radio-Canada, 12 novembre 2018)

Entrevue avec Germain Belzile (Boulevard du Pacifique, Ici Radio-Canada, 13 novembre 2018)
 

 

Cahier de recherche signé par Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM, avec la collaboration d’Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’IEDM.

Points Saillants

Les médias véhiculent souvent l’impression que les Premières Nations ne voudraient vivre que d’activités traditionnelles et ne seraient pas intéressées au développement de leur communauté. Cependant, tout comme certaines sont opposées à l’exploitation minière et forestière et à la construction d’infrastructures énergétiques, d’autres y sont favorables et veulent profiter de la richesse et des emplois qui en découlent. Ce cahier s’intéresse à des cas où des Premières Nations ont décidé de s’impliquer dans le développement des ressources présentes sur leur territoire, et aux bénéfices qu’elles en ont retiré.

Chapitre 1 – Les ressources naturelles comme levier économique

  • Au Canada, les Premières Nations établies loin des grandes villes sont généralement situées dans des régions riches en ressources naturelles et à grand potentiel de développement économique, qu’il s’agisse de la forêt, des mines, de l’hydroélectricité ou des pêches.
  • Bien qu’il n’existe pas de consensus chez les Premières Nations quant à l’exploitation des ressources naturelles, elles auraient perçu 321 millions $ en revenus provenant de ces ressources en 2015-2016.
  • Les barrages hydroélectriques sont souvent situés sur des territoires autochtones ou en bordure de ceux-ci; l’appui des Premières Nations concernées est donc une préoccupation pour la plupart des producteurs d’hydroélectricité.
  • La nation Tahltan, désireuse de prendre part au développement de son territoire et d’en bénéficier, a créé la Tahltan Nation Development Corporation en 1985, que son président a décrit comme « un cas de réussite remarquable ».
  • Au Canada, 80 % des communautés autochtones résident sur des territoires forestiers. Il n’est donc pas surprenant qu’elles soient impliquées dans l’exploitation forestière, d’autant plus que les salaires y sont relativement intéressants.
  • L’Association nationale de foresterie autochtone estime que de 1200 à 1400 entreprises autochtones sont actives dans l’industrie forestière.
  • Les revenus de la nation Lax Kw’alaams issus de l’exploitation forestière dépassent les 22 millions $ par année, soit plus du tiers de ses revenus totaux, excédant largement le montant des transferts gouvernementaux fédéraux.
  • Pour plusieurs petites communautés côtières au Canada, la production aquacole est une importante source de revenus ainsi qu’une industrie offrant de bons salaires, considérant les niveaux de revenu dans les régions éloignées.
  • Aquaculture Canada recense une cinquantaine de groupes autochtones actifs dans ce secteur, dont les Kitasoo/Xai’Xais de la Colombie-Britannique et les Waycobah de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.
  • Le secteur minier est l’un dans lequel les Premières Nations sont les plus actives, avec 455 ententes signées dans ce secteur entre 2000 et 2017, qui comportent fréquemment des clauses d’embauches prioritaires et de sous-traitance pour leurs membres.
  • En 2016, les membres des Premières Nations travaillant dans le secteur des mines ont déclaré un revenu médian deux fois plus élevé que celui de l’ensemble des travailleurs de leurs communautés, et presque deux fois plus élevé que celui de l’ensemble des non-autochtones.

Chapitre 2 – Le pétrole et le gaz : de fortes retombées et des occasions manquées

  • Le Canada est l’un des cinq plus importants pays tant pour la production que l’exportation de pétrole et de gaz naturel, soutenant des centaines de milliers d’emplois directs et indirects à travers le pays.
  • En termes d’activité économique, l’extraction du pétrole brut et du gaz naturel représentait 113 milliards $ en 2017, ou 6,5 % du PIB du pays, auquel s’ajoutaient près de 20 milliards $ en activité économique indirecte.
  • Pour l’année financière 2016-2017, du gaz naturel a été produit sur 51 réserves appartenant à 39 Premières Nations, et on a extrait du pétrole sur 35 réserves appartenant à 25 Premières Nations.
  • L’extraction du pétrole brut et du gaz naturel employait directement un peu plus de 2000 travailleurs issus des Premières Nations à travers le pays en 2015, ainsi qu’environ 4000 travailleurs impliqués dans les activités de soutien.
  • Tandis que les membres des Premières Nations occupant un emploi gagnaient en moyenne 51 500 $ en 2016, avant impôts, le salaire moyen s’élevait à près de 150 000 $ pour ceux travaillant à l’extraction de pétrole et de gaz, et à plus de 200 000 $ pour ceux œuvrant sur un gazoduc.
  • La nation Fort McKay, qui compte un peu moins de 900 membres, a présenté des revenus de 60 millions $ au cours des dernières années, atteignant un sommet de 80 millions $ pour l’exercice financier 2017-2018.
  • Le partenariat substantiel négocié dans le cadre de Northern Gateway aurait pu être un autre exemple inspirant d’implication autochtone dans un projet pétrolier. En novembre 2016, le gouvernement fédéral cependant a mis un terme au projet en choisissant de ne pas poursuivre les consultations.
  • L’avenir du projet Trans Mountain est incertain en raison de la décision de la Cour d’appel fédérale, qui a jugé que l’évaluation par l’Office national de l’énergie était déficiente et qu’Ottawa n’avait pas suffisamment consulté la population autochtone avant de donner son aval.
  • L’incertitude entourant le processus réglementaire et sa politisation ont eu raison de plusieurs projets pétroliers ou gaziers ces dernières années, la valeur desquels dépasse les 100 milliards $ depuis 2015.
  • Une étude a estimé qu’en 2018 seulement, la capacité insuffisante des pipelines canadiens privera les entreprises du secteur de l’énergie de près de 16 milliards $ en revenus, en raison du manque d’accès aux marchés internationaux.

Introduction - Un bref portrait

D’un point de vue social, les membres des Premières Nations font face à des défis importants, dont une croissance démographique très rapide et une plus forte prévalence de l’alcoolisme, de la dépendance aux drogues et de la violence familiale que dans les autres segments de la population. Leur espérance de vie à la naissance est de trois à quinze ans moindre que celle des autres Canadiennes et Canadiens. Ils ont aussi un moins bon accès aux soins de santé et présentent des retards considérables avec le reste de la population canadienne en matière d’éducation.

Le taux de chômage de ces communautés est plus du double de celui de la population non autochtone. Leur revenu médian après impôts est inférieur de 30 % à celui des autres Canadiens. De plus, la proportion de personnes à faible revenu est deux fois plus élevée chez les Premières Nations.

Inévitablement, la dépendance financière vis-à-vis les gouvernements est importante. En 2012-2013, le tiers de la population des Premières Nations résidant sur les réserves a bénéficié du programme d’aide au revenu fédéral, alors que seulement 5 % de la population canadienne reçoit une forme similaire de prestation gouvernementale.

À l’évidence, la situation des citoyens des Premières Nations peut et doit être améliorée.

Que faire?

L’assistance gouvernementale n’est pas une voie de sortie durable de la pauvreté; c’est l’accès à des emplois de qualité qui doit être encouragé afin que les Premières Nations participent à l’économie de leurs communautés ainsi qu’à celle du pays. Le territoire des Premières Nations recèle souvent des quantités importantes de ressources naturelles. Les exploiter davantage favoriserait la création de richesse et viendrait pallier les problèmes de pauvreté.

Qu’il s’agisse de développement hydroélectrique, minier, forestier, gazier ou pétrolier, les régions qui entourent les communautés autochtones présentent des opportunités économiques considérables, notamment en termes d’emplois. Plusieurs Premières Nations possèdent ou revendiquent des titres ancestraux sur les territoires sur lesquels se trouvent de telles ressources; les implications légales découlant de ces titres offrent aux Premières Nations la possibilité de signer des ententes avec des entreprises et les gouvernements afin d’en tirer profit.

Mais de telles ententes sont-elles envisageables, et les membres des Premières Nations veulent-ils de ce développement des ressources sur les terres qu’ils revendiquent?

Une autre vision des Premières Nations

Les médias véhiculent souvent l’impression que les Premières Nations, et les autochtones en général, sont des êtres profondément différents des autres Canadiens. Ils ne voudraient vivre que d’activités traditionnelles et ne seraient pas intéressés au développement de leur communauté. C’est une caricature de la réalité.

Tout comme certaines Premières Nations sont opposées à l’exploitation minière et forestière et à la construction d’infrastructures énergétiques, d’autres y sont favorables et veulent profiter de la richesse et des emplois qui en découlent. Ce clivage n’est pas différent de celui que l’on retrouve dans les villes et villages non autochtones du Canada, où il n’y a pas de vision de l’avenir qui fait l’unanimité.

Il existe en fait de nombreux exemples de communautés autochtones qui ont pris un virage important en faveur du développement économique, avec tout ce que cela apporte : emplois, revenus, baisse de la dépendance économique, et bien plus. L’éloignement de plusieurs Premières Nations des grands centres urbains, le niveau d’instruction souvent faible de plusieurs de leurs membres et l’abondance de ressources sur leurs territoires en ont amené plusieurs à considérer l’exploitation des ressources comme moteur de leur développement.

Les objectifs de notre recherche

Ce cahier ne vise pas à présenter le pour et le contre du développement des ressources naturelles, que celui-ci se fasse par ou en collaboration avec les Premières Nations. Le « contre » occupe régulièrement l’actualité. Notre recherche s’est plutôt intéressée à des cas concrets où des Premières Nations ont décidé de s’impliquer dans le développement des ressources présentes sur leur territoire, et aux bénéfices qu’elles en ont retiré. Cette étude, bien qu’elle ne soit pas exhaustive, aide à montrer l’impact qu’ont déjà eu de tels projets, et comment ils ont le potentiel de modifier profondément les relations entre les Premières Nations, les entreprises et les non-autochtones. Comment, surtout, ils permettent d’entrevoir un avenir meilleur pour les autochtones canadiens.

Il fait tout cela en donnant une voix aux acteurs autochtones de ces changements profonds, changements qui n’en sont sans doute qu’à leurs débuts. Six leaders de Premières Nations impliqués dans des projets de développement ont accepté d’être interviewés aux fins de ce cahier. Des extraits de ces discussions en émaillent les pages. L’une d’elles est présentée en entier en annexe.

L’impression que l’on retire de cette recherche est très éloignée de la vision pessimiste, voire misérabiliste, qui est souvent associée aux communautés des Premières Nations. On peut y voir des leaders autochtones attachés à leurs traditions, mais aussi tournés résolument vers l’avenir; des gens qui tiennent à préserver leur environnement mais aussi à ne plus dépendre des largesses des gouvernements, qui veulent mettre un repas sur la table de leur famille et voir leurs enfants bénéficier de meilleures opportunités.

Cela n’a rien de bien étonnant si l’on considère que les Premières Nations furent les « premiers entrepreneurs », comme le rappelle en ces pages l’un de leurs représentants. En somme, cette publication présente une partie de la réalité des Premières Nations qui est souvent tellement occultée que la plupart des gens ne soupçonnent même pas son existence.

Notes

1. Statistique Canada, Life expectancy, Chart 13: Projected life expectancy at birth by sex, by Aboriginal identity, 30 novembre 2015.
2. Social Determinants of Health, Access to Health Services as a Social Determinant of First Nations, Inuit and Métis Health, 2011, p. 1.
3. Statistique Canada, Recensement 2016, Tableaux 98-400-X2016287, 98-400-X2016171 et 98-400-X2016173, 2016.
4. Les membres des Premières Nations résidant sur les réserves reçoivent des prestations du gouvernement fédéral, tandis que ceux résidant à l’extérieur des réserves en reçoivent de leur province respective. Affaires autochtones et du Nord Canada, Programme d’aide au revenu dans les réserves, Aide au revenu : Principaux Faits, 7 novembre 2014.
5. Douglas Eyford, Établir des relations, créer des partenariats, 29 novembre 2013, p. 23.

 

Les graphiques (Cliquez pour agrandir)

Cahier de recherche signé par Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM, avec la collaboration d’Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’IEDM.

Points Saillants

Les médias véhiculent souvent l’impression que les Premières Nations ne voudraient vivre que d’activités traditionnelles et ne seraient pas intéressées au développement de leur communauté. Cependant, tout comme certaines sont opposées à l’exploitation minière et forestière et à la construction d’infrastructures énergétiques, d’autres y sont favorables et veulent profiter de la richesse et des emplois qui en découlent. Ce cahier s’intéresse à des cas où des Premières Nations ont décidé de s’impliquer dans le développement des ressources présentes sur leur territoire, et aux bénéfices qu’elles en ont retiré.

Chapitre 1 – Les ressources naturelles comme levier économique

  • Au Canada, les Premières Nations établies loin des grandes villes sont généralement situées dans des régions riches en ressources naturelles et à grand potentiel de développement économique, qu’il s’agisse de la forêt, des mines, de l’hydroélectricité ou des pêches.
  • Bien qu’il n’existe pas de consensus chez les Premières Nations quant à l’exploitation des ressources naturelles, elles auraient perçu 321 millions $ en revenus provenant de ces ressources en 2015-2016.
  • Les barrages hydroélectriques sont souvent situés sur des territoires autochtones ou en bordure de ceux-ci; l’appui des Premières Nations concernées est donc une préoccupation pour la plupart des producteurs d’hydroélectricité.
  • La nation Tahltan, désireuse de prendre part au développement de son territoire et d’en bénéficier, a créé la Tahltan Nation Development Corporation en 1985, que son président a décrit comme « un cas de réussite remarquable ».
  • Au Canada, 80 % des communautés autochtones résident sur des territoires forestiers. Il n’est donc pas surprenant qu’elles soient impliquées dans l’exploitation forestière, d’autant plus que les salaires y sont relativement intéressants.
  • L’Association nationale de foresterie autochtone estime que de 1200 à 1400 entreprises autochtones sont actives dans l’industrie forestière.
  • Les revenus de la nation Lax Kw’alaams issus de l’exploitation forestière dépassent les 22 millions $ par année, soit plus du tiers de ses revenus totaux, excédant largement le montant des transferts gouvernementaux fédéraux.
  • Pour plusieurs petites communautés côtières au Canada, la production aquacole est une importante source de revenus ainsi qu’une industrie offrant de bons salaires, considérant les niveaux de revenu dans les régions éloignées.
  • Aquaculture Canada recense une cinquantaine de groupes autochtones actifs dans ce secteur, dont les Kitasoo/Xai’Xais de la Colombie-Britannique et les Waycobah de Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.
  • Le secteur minier est l’un dans lequel les Premières Nations sont les plus actives, avec 455 ententes signées dans ce secteur entre 2000 et 2017, qui comportent fréquemment des clauses d’embauches prioritaires et de sous-traitance pour leurs membres.
  • En 2016, les membres des Premières Nations travaillant dans le secteur des mines ont déclaré un revenu médian deux fois plus élevé que celui de l’ensemble des travailleurs de leurs communautés, et presque deux fois plus élevé que celui de l’ensemble des non-autochtones.

Chapitre 2 – Le pétrole et le gaz : de fortes retombées et des occasions manquées

  • Le Canada est l’un des cinq plus importants pays tant pour la production que l’exportation de pétrole et de gaz naturel, soutenant des centaines de milliers d’emplois directs et indirects à travers le pays.
  • En termes d’activité économique, l’extraction du pétrole brut et du gaz naturel représentait 113 milliards $ en 2017, ou 6,5 % du PIB du pays, auquel s’ajoutaient près de 20 milliards $ en activité économique indirecte.
  • Pour l’année financière 2016-2017, du gaz naturel a été produit sur 51 réserves appartenant à 39 Premières Nations, et on a extrait du pétrole sur 35 réserves appartenant à 25 Premières Nations.
  • L’extraction du pétrole brut et du gaz naturel employait directement un peu plus de 2000 travailleurs issus des Premières Nations à travers le pays en 2015, ainsi qu’environ 4000 travailleurs impliqués dans les activités de soutien.
  • Tandis que les membres des Premières Nations occupant un emploi gagnaient en moyenne 51 500 $ en 2016, avant impôts, le salaire moyen s’élevait à près de 150 000 $ pour ceux travaillant à l’extraction de pétrole et de gaz, et à plus de 200 000 $ pour ceux œuvrant sur un gazoduc.
  • La nation Fort McKay, qui compte un peu moins de 900 membres, a présenté des revenus de 60 millions $ au cours des dernières années, atteignant un sommet de 80 millions $ pour l’exercice financier 2017-2018.
  • Le partenariat substantiel négocié dans le cadre de Northern Gateway aurait pu être un autre exemple inspirant d’implication autochtone dans un projet pétrolier. En novembre 2016, le gouvernement fédéral cependant a mis un terme au projet en choisissant de ne pas poursuivre les consultations.
  • L’avenir du projet Trans Mountain est incertain en raison de la décision de la Cour d’appel fédérale, qui a jugé que l’évaluation par l’Office national de l’énergie était déficiente et qu’Ottawa n’avait pas suffisamment consulté la population autochtone avant de donner son aval.
  • L’incertitude entourant le processus réglementaire et sa politisation ont eu raison de plusieurs projets pétroliers ou gaziers ces dernières années, la valeur desquels dépasse les 100 milliards $ depuis 2015.
  • Une étude a estimé qu’en 2018 seulement, la capacité insuffisante des pipelines canadiens privera les entreprises du secteur de l’énergie de près de 16 milliards $ en revenus, en raison du manque d’accès aux marchés internationaux.

Introduction - Un bref portrait

D’un point de vue social, les membres des Premières Nations font face à des défis importants, dont une croissance démographique très rapide et une plus forte prévalence de l’alcoolisme, de la dépendance aux drogues et de la violence familiale que dans les autres segments de la population. Leur espérance de vie à la naissance est de trois à quinze ans moindre que celle des autres Canadiennes et Canadiens. Ils ont aussi un moins bon accès aux soins de santé et présentent des retards considérables avec le reste de la population canadienne en matière d’éducation.

Le taux de chômage de ces communautés est plus du double de celui de la population non autochtone. Leur revenu médian après impôts est inférieur de 30 % à celui des autres Canadiens. De plus, la proportion de personnes à faible revenu est deux fois plus élevée chez les Premières Nations.

Inévitablement, la dépendance financière vis-à-vis les gouvernements est importante. En 2012-2013, le tiers de la population des Premières Nations résidant sur les réserves a bénéficié du programme d’aide au revenu fédéral, alors que seulement 5 % de la population canadienne reçoit une forme similaire de prestation gouvernementale.

À l’évidence, la situation des citoyens des Premières Nations peut et doit être améliorée.

Que faire?

L’assistance gouvernementale n’est pas une voie de sortie durable de la pauvreté; c’est l’accès à des emplois de qualité qui doit être encouragé afin que les Premières Nations participent à l’économie de leurs communautés ainsi qu’à celle du pays. Le territoire des Premières Nations recèle souvent des quantités importantes de ressources naturelles. Les exploiter davantage favoriserait la création de richesse et viendrait pallier les problèmes de pauvreté.

Qu’il s’agisse de développement hydroélectrique, minier, forestier, gazier ou pétrolier, les régions qui entourent les communautés autochtones présentent des opportunités économiques considérables, notamment en termes d’emplois. Plusieurs Premières Nations possèdent ou revendiquent des titres ancestraux sur les territoires sur lesquels se trouvent de telles ressources; les implications légales découlant de ces titres offrent aux Premières Nations la possibilité de signer des ententes avec des entreprises et les gouvernements afin d’en tirer profit.

Mais de telles ententes sont-elles envisageables, et les membres des Premières Nations veulent-ils de ce développement des ressources sur les terres qu’ils revendiquent?

Une autre vision des Premières Nations

Les médias véhiculent souvent l’impression que les Premières Nations, et les autochtones en général, sont des êtres profondément différents des autres Canadiens. Ils ne voudraient vivre que d’activités traditionnelles et ne seraient pas intéressés au développement de leur communauté. C’est une caricature de la réalité.

Tout comme certaines Premières Nations sont opposées à l’exploitation minière et forestière et à la construction d’infrastructures énergétiques, d’autres y sont favorables et veulent profiter de la richesse et des emplois qui en découlent. Ce clivage n’est pas différent de celui que l’on retrouve dans les villes et villages non autochtones du Canada, où il n’y a pas de vision de l’avenir qui fait l’unanimité.

Il existe en fait de nombreux exemples de communautés autochtones qui ont pris un virage important en faveur du développement économique, avec tout ce que cela apporte : emplois, revenus, baisse de la dépendance économique, et bien plus. L’éloignement de plusieurs Premières Nations des grands centres urbains, le niveau d’instruction souvent faible de plusieurs de leurs membres et l’abondance de ressources sur leurs territoires en ont amené plusieurs à considérer l’exploitation des ressources comme moteur de leur développement.

Les objectifs de notre recherche

Ce cahier ne vise pas à présenter le pour et le contre du développement des ressources naturelles, que celui-ci se fasse par ou en collaboration avec les Premières Nations. Le « contre » occupe régulièrement l’actualité. Notre recherche s’est plutôt intéressée à des cas concrets où des Premières Nations ont décidé de s’impliquer dans le développement des ressources présentes sur leur territoire, et aux bénéfices qu’elles en ont retiré. Cette étude, bien qu’elle ne soit pas exhaustive, aide à montrer l’impact qu’ont déjà eu de tels projets, et comment ils ont le potentiel de modifier profondément les relations entre les Premières Nations, les entreprises et les non-autochtones. Comment, surtout, ils permettent d’entrevoir un avenir meilleur pour les autochtones canadiens.

Il fait tout cela en donnant une voix aux acteurs autochtones de ces changements profonds, changements qui n’en sont sans doute qu’à leurs débuts. Six leaders de Premières Nations impliqués dans des projets de développement ont accepté d’être interviewés aux fins de ce cahier. Des extraits de ces discussions en émaillent les pages. L’une d’elles est présentée en entier en annexe.

L’impression que l’on retire de cette recherche est très éloignée de la vision pessimiste, voire misérabiliste, qui est souvent associée aux communautés des Premières Nations. On peut y voir des leaders autochtones attachés à leurs traditions, mais aussi tournés résolument vers l’avenir; des gens qui tiennent à préserver leur environnement mais aussi à ne plus dépendre des largesses des gouvernements, qui veulent mettre un repas sur la table de leur famille et voir leurs enfants bénéficier de meilleures opportunités.

Cela n’a rien de bien étonnant si l’on considère que les Premières Nations furent les « premiers entrepreneurs », comme le rappelle en ces pages l’un de leurs représentants. En somme, cette publication présente une partie de la réalité des Premières Nations qui est souvent tellement occultée que la plupart des gens ne soupçonnent même pas son existence.

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Notes

1. Statistique Canada, Life expectancy, Chart 13: Projected life expectancy at birth by sex, by Aboriginal identity, 30 novembre 2015.
2. Social Determinants of Health, Access to Health Services as a Social Determinant of First Nations, Inuit and Métis Health, 2011, p. 1.
3. Statistique Canada, Recensement 2016, Tableaux 98-400-X2016287, 98-400-X2016171 et 98-400-X2016173, 2016.
4. Les membres des Premières Nations résidant sur les réserves reçoivent des prestations du gouvernement fédéral, tandis que ceux résidant à l’extérieur des réserves en reçoivent de leur province respective. Affaires autochtones et du Nord Canada, Programme d’aide au revenu dans les réserves, Aide au revenu : Principaux Faits, 7 novembre 2014.
5. Douglas Eyford, Établir des relations, créer des partenariats, 29 novembre 2013, p. 23.


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