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Textes d'opinion

27 octobre 2018octobre 27, 2018

La légalisation du cannabis et les libertés individuelles

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La légalisation du cannabis et les libertés individuelles

La légalisation du cannabis est maintenant chose faite au Canada. Sous l’angle des libertés individuelles, c’est une bonne chose. On ne devrait pénaliser quelqu’un pour des choix qui n’affectent pas les autres que dans des cas extrêmes.

De façon plus pragmatique, la prohibition, que ce soit de l’alcool — de 1919 à 1933 aux États-Unis ou aujourd’hui dans plusieurs pays musulmans — ou d’autres produits, ne marche tout simplement pas. L’alcool et autres drogues interdites ne sont sans doute jamais disparus du marché à cause de leur interdiction, mais ont plutôt continué à être disponibles dans des marchés noirs. La prohibition est le pain et le beurre des organisations criminelles, qui s’enrichissent grâce à elle.

Malheureusement, la légalisation du cannabis au Québec est bien mal partie. Alors qu’on peut fabriquer son propre vin et faire pousser jusqu’à 15 kg de tabac pour des fins personnelles, c’est interdit pour la marijuana. Pourtant, toutes les autres provinces sauf le Manitoba le permettent. Aux États-Unis, le Colorado, l’Alaska et l’Oregon accordent aussi cette liberté aux citoyens.

Autre mauvaise idée : le gouvernement du Québec a décidé de créer un monopole étatique qui sera le seul détaillant. Ainsi, malgré le débat actuel sur les bienfaits de la concurrence pour la vente de vin et d’alcool — appuyé par des sondages qui montrent l’immense popularité d’une telle proposition —, le gouvernement a décidé de créer un nouveau monopole d’État, avec tous ses inconvénients.

Et ils sont nombreux : sévères limites à l’entrepreneuriat, prix plus élevés, capture de la rente du monopole par les employés syndiqués (ceux de la SQDC ne le sont pas encore, mais des centrales s’activent), choix limité, manque d’innovation, etc. Un des multiples problèmes qu’on pouvait voir venir de loin s’est déjà manifesté : plusieurs magasins sont en rupture de stock après une seule semaine, malgré que la Société nationale du cannabis du Québec ait dit avoir bien prévu la demande. Une entreprise « normale » ferait tout ce qu’il faut pour répondre à la demande; la SQDC a plutôt décidé de fermer ses magasins trois jours par semaine jusqu’à nouvel ordre. Des criminels doivent se pincer pour le croire...

Un bien aussi facile à produire que le cannabis, qui génère sans doute de fortes marges, continuera à être vendu sous le manteau. En partie parce que le monopole d’État ne satisfera pas la demande, mais aussi en raison des différences de coût entre le secteur légal, hautement régulé, et celui beaucoup plus informel du marché noir, qui existe déjà depuis des décennies. En clair, le « pusher » local va tout simplement baisser ses prix et conserver une bonne partie de son marché. Économie 101. En fait, il n’est pas impossible qu’on assiste à une première mondiale : un vendeur de drogue qui perd de l’argent. (Et je ne parle pas pushers!)

Même ceux qui se réjouissaient de voir le gouvernement laisser un peu plus de liberté aux citoyens seront déçus. La législation québécoise, qui s’additionne à la fédérale, ne laisse que peu de place aux initiatives individuelles. En somme, voilà un autre exemple de l’impossibilité pour les gouvernements de résister à la tentation d’envahir notre vie et de réduire tant les libertés individuelles que la débrouillardise et l’esprit d’entreprise.

Germain Belzile est chercheur associé senior à l'IEDM. Il signe ce texte à titre personnel.


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