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Textes d'opinion

26 juillet 2018juillet 26, 2018

Partager l’eau, pour l’éthique et le commerce

Le Devoir, p. A06

Partager l’eau, pour l’éthique et le commerce

L’eau douce est un produit dont la valeur économique a sensiblement augmenté et qui continuera à croître. Elle est devenue une source croissante de richesse et une occasion d’investissements de plus en plus rentable. La raison en est simple : comme pour les autres ressources naturelles, la consommation mondiale d’eau douce (agriculture : 70 % ; industrie : 20 % ; consommation domestique : 10 %) croît rapidement, nécessitant le déploiement de sources et de technologies d’approvisionnement et de traitement toujours plus coûteuses.

Nous sommes, au Canada et au Québec, dépositaires de ressources exceptionnelles en eau douce. Le Canada possède 9 % de l’inventaire mondial d’eau douce renouvelable, soit 104 000 mètres cubes (m3) par habitant par année, 11 fois plus que les États-Unis. Le Canada n’utilise aussi que 1 % de son eau douce renouvelable, contre 16 % aux États-Unis.

Au moment où les investissements dans le domaine de l’eau potable (approvisionnement, traitement, dessalement) atteignent de nouveaux sommets, où la consolidation industrielle dans le secteur de l’eau est en plein essor et où les risques de détresse hydrique à travers le monde restent très élevés, la gestion de l’eau est devenue un enjeu éthique majeur. Et qui dit éthique dit partage, et donc commerce.

Une crise à nos portes

Nous nous inquiétons beaucoup des changements climatiques et dépensons des milliards pour les contrer, mais nous nous soucions beaucoup moins de la crise de l’eau qui est à nos portes. D’ailleurs, l’un des plus grands défis dans le domaine de l’eau est de contrer la nonchalance du public, car l’eau reste chez nous absurdement peu coûteuse par rapport à sa valeur réelle, en raison de l’absence de marchés efficaces pour la ressource.

La valeur commerciale de l’eau et la rentabilité des investissements dans les infrastructures nécessaires à sa commercialisation dépendent en définitive du coût de dessalement de l’eau de mer, qui est la solution de rechange la plus probable et la plus réaliste à l’importation.

En réaction aux problèmes éthiques que posent les disparités en eau douce, nous nous dirigeons inexorablement vers le développement de marchés de l’eau, d’abord à l’échelle régionale, puis à l’échelle continentale et, finalement, à l’échelle planétaire, le tout pouvant mener à terme à des transferts massifs de cette ressource essentielle. Or, le Canada et le Québec sont pratiquement absents de ces développements.

Si le Québec exportait 10 % de son eau douce renouvelable et touchait en redevances 10 % du prix actuel de l’eau dessalée, le gouvernement encaisserait 6,5 milliards par année, soit plus de cinq fois le dividende versé par Hydro-Québec, tout en contribuant au mieux-être de millions d’individus.

Les craintes quant à une surexploitation de nos ressources renouvelables d’eau douce pourraient être apaisées par la mise en place d’un cadre juridique et réglementaire adéquat. Il n’est pas nécessaire pour autant d’interdire le commerce de l’eau. De plus, la détermination d’un prix ou de plusieurs prix concurrentiels de l’eau pourrait être un facteur important pour mener les gens vers une utilisation plus efficace et plus économe de l’eau, tant dans les régions où l’eau abonde que dans celles où elle est rare, et tant pour les fournisseurs que pour les utilisateurs. Cela pourrait également atténuer les craintes quant à l’effet de l’ALENA sur d’éventuels transferts massifs d’eau.

Le Canada et le Québec devront être imaginatifs dans l’exploitation des ressources hydriques dont ils sont les dépositaires naturels. L’exploitation du potentiel d’exportation d’eau douce et la protection de l’environnement poseront des défis d’envergure, mais le danger le plus important à l’horizon est la frilosité dont le Canada et le Québec pourraient faire preuve.

Il n’y a aucune excuse pour laisser passer l’occasion que représente l’exploitation d’une ressource telle que l’eau potable : les impératifs sont autant éthiques qu’économiques.

Marcel Boyer est chercheur associé émérite à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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