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Textes d'opinion

31 mai 2018mai 31, 2018

Les élections s’en viennent, on sort le chéquier!

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Les élections s’en viennent, on sort le chéquier!

Après Kinder Morgan et La Maison Simons plus tôt cette semaine, c’est au tour de Téo Taxi de bénéficier des largesses des gouvernements. Les trois dossiers sont des exemples éclairants de ce qui arrive quand le politique se mêle d’économie. Les trois ont aussi en commun qu’on n’aurait jamais dû se rendre là.

Pour que de nouvelles entreprises voient le jour, d’autres sont appelées à se transformer ou disparaître. C’est la nature même du libre-marché, le moteur de l’innovation, et la raison pour laquelle notre niveau de vie est plus élevé que celui d’il y a 30 ans, et celui d’il y a 30 ans est plus élevé que celui d’il y a 100 ans.

Mais individuellement, chaque travailleur et chaque entreprise souhaite être mise à l’abri du changement. Le premier cherche à garder son emploi; la seconde cherche naturellement le monopole et l’élimination de la concurrence (mais, heureusement, y arrive rarement, et finit toujours par être supplantée).

Il reste qu’encourager ces réflexes par l’action du gouvernement est une très coûteuse et mauvaise idée. Un exemple pour bien le comprendre : on aurait pu décider il y a une centaine d’années d’imposer des tarifs sur les automobiles (disons 300 %) afin de protéger les cochers. On aurait « protégé » ces emplois. Probablement qu’aujourd’hui, plus de gens même travailleraient comme cochers qu’à l’époque.

Mais on se déplacerait en calèche plutôt qu’en automobile, et on serait plus lents, moins productifs, et en définitive plus pauvres. L’exemple est extrême et caricatural, mais il permet de voir les « investissements » faits par les politiciens avec notre argent sous un autre éclairage.

Récompenser l’échec

Le cas de Téo Taxi est patent. Un entrepreneur tente un nouveau modèle d’affaires dans une industrie qui a besoin de renouveau. Jusque-là, ça va. Cependant, il cherche avant tout à s’appuyer sur les fonds publics, qui ont englouti jusqu’à maintenant quelques dizaines de millions dans une entreprise déficitaire qui fait fuir les investisseurs. Comme dirait sans doute Jean Perron, ça « n’inaugure » pas très bien.

Il existe pourtant une meilleure solution, éprouvée et sans risque pour l’argent des contribuables. D’abord, laisser les nouveaux modèles déranger et innover. Tout ce dont on a besoin aujourd’hui pour faire du taxi, c’est d’un téléphone intelligent et d’une voiture. Des services comme Uber et Lyft répondent parfaitement aux besoins des consommateurs, mieux que l’industrie du taxi, devenue bureaucratique et inefficace. Uber et Lyft valent aujourd’hui des milliards.

Ensuite, indemniser les chauffeurs pour le prix payé pour leur permis, artificiellement gonflé en raison des quotas imposés par l’État. C’est ce que le gouvernement aurait dû faire dès le départ. Aujourd’hui, non seulement rien n’est réglé mais on s’apprête à subventionner encore un entrepreneur qui a échoué, plutôt que de laisser les consommateurs et le marché choisir. Quand apprendrons-nous?

Les mêmes règles pour tous

Le cas de La Maison Simons est un peu différent, en ce sens où ce détaillant, comme d’autres, fait non seulement face à des changements technologiques, mais aussi à une concurrence qui échappe à l’application du régime fiscal. Malgré tout, au lieu de risquer près de 100 millions $ en fonds publics dans un projet incertain, le gouvernement devrait plutôt s’assurer que les même règles s’appliquent à tous: taxer toutes les ventes sur internet, ou aucune. Encore ici, choisir arbitrairement les entreprises qui seront aidées n’est ni équitable, ni efficace.

Simons est une entreprise plus que centenaire, solidement installée au Québec et avec une réputation plus qu’enviable, ce qui est déjà un gros avantage par rapport à d’autres détaillants. Mais les défis auxquels elle fait face sont les mêmes que pour toute l’industrie du détail. Pourquoi l’aider plus qu’un autre?

Votre pipeline de 4,5 milliards $

La saga Trans Mountain a elle aussi connu son dénouement dans l’arène politique. Malgré le fait que l’entreprise Kinder Morgan ait obtenu toutes les autorisations gouvernementales et réglementaires pour entamer les travaux d’expansion d’un pipeline existant, l’incertitude menaçait de faire avorter le projet. Pris avec la patate chaude, Ottawa a décidé de racheter pour 4,5 milliards $ les infrastructures existante de Trans Mountain. La facture va sûrement grimper, puisque les coûts d’expansion du pipeline sont estimés à plus de 7 milliards $.

Plusieurs chroniques pourraient être écrites sur ce seul sujet, de l’opposition irrationnelle de certains militants – la demande pour le pétrole va croître jusqu’en 2040 : peut-on consommer et vendre le nôtre au lien d’en importer? – jusqu’au scénario de revente au privé, qui s’annonce pour le moins périlleux. Entretemps, le gouvernement fédéral va tenter lui-même de mener le projet à bon port. Le système de paie Phénix, ça vous dit quelque chose?

Ici au lieu de simplement faire respecter la loi, le gouvernement s’est acheté un paquet de soucis avec notre argent. Et de façon prévisible, des voix demandent maintenant que le même traitement soit appliqué au pipeline Énergie Est, un autre projet d’oléoduc abandonné. C’est bien sûr une mauvaise idée, mais un précédent a été créé.

Bonnes intentions, mauvaises politiques

Dans tous ces dossiers, si l’action gouvernementale avait été cohérente dès le départ et basée sur une logique de libre marché – ce qui inclut le respect de la propriété et la primauté du droit – on n’en serait pas arrivé là. Mais ce n’est pas ce qui s’est passé, et de mauvaises politiques publiques ont mené à des mesures sans doute bien intentionnées, mais mal avisées.

Le dernier point commun à tous ces dossiers et probablement une raison derrière l’activisme gouvernemental? Les élections s’en viennent. Dans quelques mois au Québec, et dans un peu plus d’un an au Canada, ce qui n’est pas beaucoup si le gouvernement veut avoir le temps de mettre ça derrière lui.

C’est pour ça que tant à Ottawa qu’à Québec, on sort le chéquier. Votre chéquier.

AJOUT : Alors que j’étais en train d’écrire ce texte, Québec avançait 130 millions $ de fonds publics pour un projet d’exploitation de lithium. CQFD.

Patrick Déry est analyste en politiques publiques à l'Institut économique de Montréal. Il signe ce texte à titre personnel.

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