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11 décembre 2014décembre 11, 2014

Peut-on se débarrasser du pétrole? Les coûts d'une transition énergétique accélérée

Cahier de recherche évaluant les coûts d'une transition accélérée vers les énergies vertes et la volonté des Canadiens de les assumer

Peut-on se débarrasser du pétrole? Les coûts d'une transition énergétique accélérée

Les politiques pouvant accélérer le passage vers des énergies vertes sont généralement présentées sous l’angle de leurs avantages, mais rarement de leurs coûts. Ce Cahier de recherche propose de remédier à cette lacune dans le débat public. On y examine les coûts de propositions faites par les groupes environnementalistes québécois Équiterre et Vivre en ville pour réduire rapidement la consommation de pétrole, ainsi que la volonté des citoyens du Québec et du reste du Canada d’assumer ces coûts.

Communiqué de presse : À peine 12 % des Canadiens prêts à faire les sacrifices nécessaires pour se « libérer du pétrole »

Sondage Léger : Étude auprès des Canadiens sur l'appui aux mesures de réduction de consommation du pétrole

Annexe technique 

Infographie : Réduire la « dépendance » au pétrole?

 

En lien avec cette publication

Se libérer du pétrole? Ça coûte cher! (La Presse, 11 décembre 2014)

Les Québécois doivent-ils se sevrer de leur dépendance au pétrole? (Blogue de l'IEDM du Journal de Montréal, 16 décembre 2014)
  Entrevue (en anglais) avec Germain Belzile (The Source, Sun TV, 11 décembre 2014)

Débat avec Youri Chassin (À la une, Canal ARGENT, 11 décembre 2014)

Cahier de recherche préparé par Youri Chassin et Germain Belzile avec la collaboration d’Alexandre Moreau, respectivement économiste et directeur de la recherche, chercheur associé et analyste en politiques publiques à l’Institut économique de Montréal.

Sommaire

Les politiques pouvant accélérer le passage vers des énergies vertes sont généralement présentées sous l’angle de leurs avantages, mais rarement de leurs coûts. Ce Cahier de recherche propose de remédier à cette lacune dans le débat public. On y examine les coûts de propositions faites par les groupes environnementalistes québécois Équiterre et Vivre en ville pour réduire rapidement la consommation de pétrole, ainsi que la volonté des citoyens du Québec et du reste du Canada d’assumer ces coûts.

Dans un premier temps, un survol de la production et de la consommation de pétrole nous apprend que celui-ci ne deviendra pas rare avant de nombreuses décennies. Depuis 1980, les réserves prouvées de pétrole ont augmenté de 147 % malgré la hausse constante de la consommation. Alors qu’elles permettaient de couvrir 30 années de consommation en 1980, les réserves prouvées de pétrole à l’heure actuelle sont suffisantes pour les 53 prochaines années. En outre, parce que le pétrole remplit de nombreux besoins, le remplacer n’est ni facile ni pratique dans l’état actuel de la technologie.

Les propositions des groupes Équiterre et Vivre en ville pour réduire la consommation de pétrole sont examinées en détail. Leur objectif déclaré est de réduire la consommation d’essence pour le transport personnel de 60 %, ce qui n’entraînerait toutefois qu’une diminution de la consommation totale de pétrole de 20 % et des émissions de GES de 12 %.

Selon nos calculs, basés sur des hypothèses prudentes, le coût annuel de ces propositions est estimé à 6,4 milliards de dollars pour le Québec dans son ensemble et à 1875 dollars par ménage. Les deux groupes écologistes sous-estiment grandement certains coûts. Par exemple, l’idée d’instaurer un service de vélo en libre-service comme le BIXI dans plusieurs municipalités ne coûterait pas 40 millions de dollars, mais bien 101 millions de dollars. De même, les projets de trains interrégionaux et de TGV Québec-Windsor sont des projets onéreux dont il faut tenir compte, soit l’équivalent de près de 1,9 milliard de dollars par année.

Les arguments des retombées économiques, de la réduction des importations et de la création d’emplois verts, souvent invoqués pour illustrer d’autres avantages des moyens proposés, contredisent les prémisses de base de l’analyse économique. Subventionner un emploi nécessite forcément de prélever ailleurs dans l’économie des taxes et des impôts qui, eux, détruisent des emplois non subventionnés. Ainsi, en Ontario, chaque emploi dans les énergies vertes coûte plus de 179 000 dollars. En Italie, on estime que la subvention offerte pour la création d’un emploi « vert » provoque la destruction de 4,8 emplois ailleurs dans l’économie.

Un sondage pancanadien exclusif révèle que seulement 13 % des Canadiens et 12 % des Québécois se déclarent prêts à débourser 1500 dollars et plus chaque année pour réduire la consommation de pétrole de 25 %. Qui plus est, rien ne garantit que les moyens proposés par Équiterre et Vivre en ville permettraient bel et bien d’atteindre cet objectif. Le moyen le plus concret et le plus plausible pour l’atteindre serait de doubler le prix de l’essence. Cette solution semble elle aussi difficilement envisageable puisque seuls 8 % des Canadiens seraient prêts à payer 2,80 $ par litre d’essence.

En somme, les projets proposés par Équiterre et Vivre en ville n’atteindraient probablement pas les objectifs visés et les Canadiens ne veulent pas en assumer les coûts. Le progrès technologique nous permettra certainement à moyen terme de réduire la consommation de pétrole et de passer à des énergies plus propres. Entre-temps, il faudrait davantage prendre en compte dans les débats publics les coûts que représentent les propositions des groupes environnementalistes pour accélérer cette transition vers des sources d’énergie plus vertes.

Introduction

Le pétrole constitue une source d’énergie incontournable dans le fonctionnement de nos économies. Au Canada, c’est la principale source d’énergie utilisée et elle comble 40,5 % des besoins énergétiques. Ses caractéristiques, notamment sa densité énergétique, en font une source d’énergie privilégiée dans les transports. Sa composition moléculaire rend aussi les dérivés du pétrole très utiles pour l’industrie pétrochimique. Par contre, la combustion du pétrole produit des rejets polluants dans l’atmosphère, ainsi que des gaz à effet de serre (GES). Parmi les pays du monde, le Canada était le 15e plus important émetteur de GES par habitant en 2010.

Certains considèrent que le pétrole présente plus d’inconvénients que d’avantages et réclament que les gouvernements interviennent vigoureusement pour en réduire la consommation au Canada. Selon eux, la grande place qu’occupe le pétrole dans nos vies et notre économie signifie que nous sommes « dépendants du pétrole ».

La notion de dépendance est toutefois trompeuse. Si l’utilisation du pétrole comme source d’énergie génère des désagréments et de la pollution, elle engendre aussi d’importants bénéfices, particulièrement pour le transport des personnes et des marchandises. Comme pour bien d’autres produits et services, la consommation de pétrole entraîne des coûts et offre des avantages.

Le choix d’utiliser ou non le pétrole comme source d’énergie dépend de l’existence de solutions de rechange. Dans le transport en particulier, la présence grandissante des véhicules électriques ou des camions fonctionnant au gaz naturel en sont de bons exemples. Les voitures à hydrogène dotées de piles à combustible pourraient représenter une autre avenue.

Toutefois, ces autres choix n’ont pas que des avantages et peuvent être dispendieux. Avec le temps, les technologies dites propres vont probablement s’améliorer et devenir plus compétitives sur le plan économique. Il est aussi possible que le prix relatif du pétrole évolue à la hausse puisqu’il s’agit d’une ressource certes abondante, mais limitée. Comme en maintes occasions dans l’histoire de l’humanité, le progrès scientifique et technologique pourrait alors mener à une transition énergétique, c’est-à-dire un changement important dans les formes d’énergie les plus couramment utilisées.

Réduire la consommation globale de pétrole et des autres énergies fossiles est souhaitable, ne serait-ce que pour diminuer la pollution atmosphérique et les émissions de GES que ces combustibles engendrent et profiter ainsi d’effets bénéfiques sur la santé et la sécurité des populations. Cependant, remplacer une source d’énergie comme le pétrole par d’autres sources d’énergie prendra la forme d’un processus très graduel.

Ce Cahier de recherche explore la question suivante: accélérer cette transition énergétique, ce que plusieurs groupes suggèrent avec insistance, peut-il se faire de manière efficace et abordable? Tous conviennent qu’il faudra vraisemblablement compter avec les énergies fossiles pour plusieurs années encore, voire pour plusieurs décennies. Même si sa consommation diminuait de façon draconienne dans 40 ou 50 ans, il est fort probable que le pétrole ne disparaîtra pas complètement de nos vies. Après tout, lorsque le pétrole a supplanté le charbon comme principale source d’énergie, ce dernier n’est pas complètement disparu du portrait et il est encore utilisé aujourd’hui en quantité appréciable. Au-delà de cet exemple issu du passé, ce Cahier de recherche analyse l’utilisation actuelle du pétrole et les perspectives pour les décennies à venir.

Le premier chapitre dresse un portrait des conditions actuelles d’utilisation du pétrole au Canada et discute de sa rareté ou de son abondance relative. Le deuxième chapitre s’intéresse plus spécifiquement à une proposition de deux groupes écologistes québécois, Équiterre et Vivre en ville, ayant pour objectif de « libérer » le Québec du pétrole en 2030, soit dans à peine quinze ans. Le coût des moyens proposés et leur efficacité donnent une meilleure idée de ce dont on parle lorsqu’il est question de réduire la consommation de pétrole par des mesures gouvernementales.

Après ce tour d’horizon, le second chapitre rappelle aussi qu’il existe déjà des mesures au Canada visant une diminution de la consommation de pétrole. Il traite de la possibilité que les coûts d’une transition énergétique accélérée soit compensés par la diminution des importations de pétrole ou par la création d’emplois « verts ».

Le troisième et dernier chapitre présente une discussion sur l’effort que les Canadiens sont prêts à consentir pour réduire leur consommation de pétrole, un aspect important de toute décision de nature économique. Grâce aux résultats d’un sondage pancanadien, l’opinion de la population sur cette question y est étudiée en détail.

Lire le Cahier de recherche sur iedm.org

Notes

1. Statistique Canada, Bulletin sur la disponibilité et écoulement d’énergie au Canada: Révision 2011, janvier 2014.
2. Les données de 2010 sont les plus récentes disponibles pour près de 200 pays. La Banque mondiale, Émissions de CO2 (tonnes métriques par habitant).
3. Pierre Desrochers et Hiroko Shimizu, « Comment l’innovation rend les sables bitumineux de l’Alberta plus verts », Cahier de recherche, Institut économique de Montréal, octobre 2012, p. 10.


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