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Textes d'opinion

20 juillet 2002juillet 20, 2002

L'effondrement de l'économie planifiée

Les Affaires, p. 8

L'effondrement de l'économie planifiée

On aurait pu croire que la chute du mur de Berlin en 1989 avait mis fin à la croyance en la supériorité de la planification économique centralisée. Mais comme je l’observe trop souvent, il n’en est rien. Je vais donc expliquer pourquoi le mur de Berlin s’est effondré.

Les interventionnistes opposent souvent la «rationalité» de la planification centralisée à «l’anarchie» des forces du marché. Mais en réalité, les entreprises privées font beaucoup de planification. La vraie question est de savoir qui doit planifier? Les fonctionnaires ou les gestionnaires privés?

Malgré l’apparente contradiction, la complexité extraordinaire de l’économie résulte d’actions relativement simples de la part des acteurs privés, grâce à la fonction de coordination du marché. Par exemple, les acteurs n’ont pas besoin de savoir qu’une denrée est devenue plus rare ni pourquoi: ils n’ont qu’à s’ajuster à l’augmentation du prix. Ce prix plus élevé amène les consommateurs à réduire spontanément leur consommation et les producteurs à augmenter leur production pour en tirer profit.

La recherche du profit a aussi d’autres effets positifs. Des marges bénéficiaires importantes dans un secteur d’activités signalent aux entreprises que des ressources plus importantes doivent y être consacrées. Il en résulte une concurrence accrue qui fait baisser les prix et bénéficie aux consommateurs. Inversement, le fait qu’une entreprise soit déficitaire indique qu’elle utilise mal des ressources et qu’elle doit revoir ses pratiques ou fermer ses portes.

Les économies planifiées n’obéissent pas à la même logique et n’ont jamais démontré la même efficacité. Tout d’abord, elles ne sont pas basées sur la recherche du profit, ce qui veut dire qu’elles ne fournissent pas beaucoup d’incitatifs à faire plus et mieux avec moins de ressources.

L’absence d’un système de prix libre et flexible implique aussi que les planificateurs de l’État ne sont pas au fait de la rareté relative des ressources et des solutions les plus efficaces pour résoudre les problèmes qui surgissent dans chaque secteur d’activité. Par exemple, quelle est la meilleure façon de transporter des marchandises au-delà d’une rivière? Doit-on construire un pont, creuser un tunnel ou utiliser des traversiers? Si l’on construit un pont, doit-il être fait de béton ou d’acier?

Multipliez cet exemple par quelques centaines de millions et vous comprendrez rapidement qu’en l’absence d’un véritable système de prix, aucun planificateur étatique ne peut opérer rationnellement une structure aussi complexe qu’une économie moderne.

Une autre lacune fondamentale des économies planifiées est qu’elles ne réussissent jamais à coordonner de façon efficace l’information pertinente que chaque individu possède. Même si les planificateurs centraux sont recrutés parmi les gens les plus brillants, ils ne possèdent en bout de ligne qu’une infime fraction des connaissances utiles de toutes les personnes ordinaires prises ensemble. Dans ce contexte, le contrôle de cette intelligentsia sur l’ensemble des citoyens se traduit en pratique par l’imposition de l’ignorance sur la connaissance.

La supériorité de l’économie de marché sur la planification centralisée n’est donc pas une affaire de préférence, mais bien un constat objectif. Là où l’initiative est libre, les progrès économique, social, culturel et politique sont supérieurs aux résultats obtenus dans les sociétés planifiées par un petit groupe de dirigeants.


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